Tabac et schizophrénie : pourquoi 70 % des personnes touchées fument et comment arrêter en sécurité
70 à 90 % des personnes vivant avec une schizophrénie fument. L'arrêt améliore l'espérance de vie sans aggraver les symptômes psychotiques — sous suivi médical rapproché.
La base scientifique sur l’arrêt du tabac a été relue bénévolement par le Pr Bertrand Dautzenberg , tabacologue, afin d’écarter des erreurs grossières potentiellement dangereuses. Elle reflète des positions couramment partagées par des professionnels et des agences de santé, sans toujours correspondre exactement à sa pensée ni à sa pratique. Il n’est pas l’auteur de ce texte ; il en a seulement assuré une relecture de vigilance.
La schizophrénie et le tabac entretiennent une relation particulièrement intriquée : les personnes vivant avec ce trouble fument 2 à 3 fois plus que la population générale, avec des conséquences lourdes sur leur santé physique. Pourtant, l'arrêt est possible, bénéfique et n'aggrave pas les symptômes psychotiques quand il est bien encadré. Voici ce qu'il faut savoir.
Pourquoi une telle prévalence ?
Royal College of Physicians and Psychiatrists, UK
Le coût en termes de santé
Le mythe de la « stabilisation » par la cigarette
Beaucoup de patients et de proches pensent que fumer stabilise la maladie. C'est partiellement vrai à très court terme (quelques minutes), mais très faux à long terme :
Le piège métabolique : un point critique
C'est la spécificité majeure du sevrage tabagique chez les personnes sous antipsychotiques.
| Antipsychotique | Sensibilité au tabac | Action à l'arrêt |
|---|---|---|
| Clozapine (Leponex) | Très élevée | Réduction de dose recommandée, surveillance rapprochée |
| Olanzapine (Zyprexa) | Élevée | Réduction de dose recommandée |
| Halopéridol | Modérée | Surveillance |
| Risperidone (Risperdal) | Faible | Pas d'ajustement majeur |
| Aripiprazole (Abilify) | Faible | Pas d'ajustement majeur |
Les outils sûrs et efficaces
Le bon moment pour arrêter
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Phase de stabilité clinique de la schizophrénie depuis au moins 3 mois.
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Discussion avec le psychiatre avant d'arrêter.
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Ajustement éventuel des doses d'antipsychotiques anticipé.
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Suivi médical rapproché dans les 4-8 premières semaines (consultations rapprochées).
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Soutien social
famille, équipe soignante, groupe d'entraide.
Pour les proches et les soignants
En France
Tes questions
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L'arrêt du tabac peut-il déclencher une rechute psychotique ?
Pas en lui-même. Les études ne montrent pas d'augmentation des décompensations chez les patients stabilisés qui arrêtent avec un suivi adapté. Le risque vient surtout des interactions médicamenteuses non anticipées (doses qui deviennent trop fortes). D'où l'importance du suivi psychiatrique pendant l'arrêt. -
Que faire si je suis hospitalisé·e en psychiatrie et que je veux arrêter ?
La plupart des services de psychiatrie ont aujourd'hui une équipe addictologie ou des protocoles spécifiques. Demande à voir un infirmier tabacologue ou un médecin addictologue. L'hospitalisation peut être une opportunité d'arrêt dans un environnement contrôlé, avec ajustement médicamenteux précis. -
La nicotine seule (substituts) suffit-elle à compenser ce que la cigarette m'apportait ?
En partie. Les substituts couvrent la dépendance physique. Pour les bénéfices cognitifs ou sensoriels que tu ressentais, la varénicline (qui agit aussi sur le récepteur nicotinique) peut être plus adaptée — à discuter avec ton psychiatre. -
J'ai entendu que la clozapine devient dangereuse si j'arrête de fumer. C'est vrai ?
Oui : ta dose actuelle est calibrée pour un fumeur. Un ajustement est souvent nécessaire, mais pas systématique. Sans lui, si tu arrêtes brutalement, la clozapine peut atteindre des concentrations toxiques en 1-2 semaines. Ne jamais arrêter la cigarette sans informer ton psychiatre s'il prescrit clozapine ou olanzapine. Avec un suivi, c'est totalement gérable. -
Le cannabis est aussi très présent. Peut-on arrêter les deux en même temps ?
C'est compliqué. La plupart des spécialistes recommandent de stabiliser une addiction avant d'attaquer la suivante. Le cannabis a un impact propre sur la schizophrénie (plus marqué à l'adolescence), à traiter en priorité dans certains cas. -
Y a-t-il des programmes spécifiques pour les personnes en santé mentale ?
Oui. Les CSAPA offrent un accompagnement spécialisé. Plusieurs hôpitaux psychiatriques disposent désormais de consultations de tabacologie intégrées. Demande à ton équipe soignante.
sources
Royal College of Physicians and Psychiatrists (UK), Smoking and mental health.
Réseau PIC, Tabac et médicaments psychotropes, fiche pratique.
Sciencedirect/Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Tabac et schizophrénie : aspects thérapeutiques.
Drogues, santé et société, Tabagisme et schizophrénie : impacts sur la maladie et son traitement.
Office français de Tabacologie, Conférence d'experts : Arrêt du tabac chez les patients atteints d'affections psychiatriques, 2009.
Tidey JW, Miller ME, Smoking cessation and reduction in people with chronic mental illness, BMJ, 2015.
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